Relier

Matisse, La Joie de vivre
Matisse, La Joie de vivre

L’exploitation animale a pu être légitimée par un argument qui tient plutôt du constat : l’empathie animale se limite à l’espèce. Si des structures d’organisation coopérative ont pu être observées, elles sont mises en œuvre pour relier des membres d’une même espèce. Seul l’homme, par la communauté domestique qu’il instaure avec une certaine frange du monde animal non humain, a su tisser des liens de nature empathique et solidaire avec des individus d’une autre espèce que la sienne : des obligations mutuelles le lient avec ces animaux. Il en est l’instaurateur et les modalités de ces impératifs, la nature de ce contrat, lui incombent entièrement. Puisque c’est l’homme qui est à l’origine de ce commerce avec l’animal domestique, les normes de ce rapport ne peuvent être décidées qu’unilatéralement (et en ce sens n’y a-t-il pas de contrat à proprement parler). Sur le bon-vouloir humain repose le sort des animaux.

Pourtant, bien des cas menacent la validité de ce raisonnement : les humains séniles ou immatures d’un point de vue rationnel font l’objet de notre soin quand bien même ce dernier n’est pas réciproque. C’est le bien propre de l’individu qui l’emporte dans la définition de notre lien avec lui. Les normes de notre agir ne sont pas commandées par notre intérêt propre, mais par l’élucidation de celui auquel nous nous relions. Pourquoi ne serait-ce pas le cas avec les animaux non-humains ? Nous faisons l’épreuve essentielle du lien : avec les autres hommes, avec les animaux, avec les végétaux, avec les minéraux. Il convient de comprendre que la nature du lien ne saurait être décidée par un seul parti : tout lien n’est jamais le fait que d’un seul élément, mais est l’œuvre conjointe des deux entités qui sont à chaque extrémité du fil. C’est à mesure que nous laissons place à l’intérêt spécifique de celui auquel nous nous rapportons de manière la plus égale possible au nôtre que la réalité du lien se fait plus riche.